l'armement du piéton au XVe siècle

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l'armement du piéton au XVe siècle

Message par freebird le Dim 18 Jan - 22:54

En attendant un éventuel sujet sur l'évolution conjointe des armes et des moyens de protection (l'un expliquant l'autre souvent), voici un petit aperçu, parce que j'ai les photos dispos et les armes dans mon bureau, des armes d'un soldat à pied sous Louis XI (1461-1483)

L’épée est le symbole du chevalier, arme noble par excellence. Au XVe siècle, les progrès de la métallurgie et la richesse de l’Europe ont permis sa « démocratisation », même si celles portées par les soldats à pieds n’ont pas la même qualité que celle des troupes spécialisées, et encore moins des armes des seigneurs. Il en existe plusieurs type suivant l'usage. Voici les plus importants.

La Bâtarde.
Aussi appelée épée à une main et demie, car elle s'utilise aussi bien à une main qu'à deux, elle est, au XVe siècle, une arme de combat à pied. Elle est portée à l'arçon par les cavaliers, et à la ceinture par les archers (cf divers arrêtés de Louis XI fixant l'armement de ses troupes. On ne peut encore parler de règlements, car les injonctions sont du type: "... et devront iceux porter roides épées bâtardes longues et pointues, et dites épées seront gardées tranchantes..." (texte apocryphe, je vous retrouverais le document un de ces jours  Very Happy ...)
Cette épée a évolué en parallèle de l'armure de plate, elle-même conçue pour déjouer les coups d'armes de choc et de taille. En conséquence, la lame de la bâtarde est longue (pour rester éloignée de l'adversaire et permettre tout un ensemble de prises à une et deux mains), elle est très rigide pour ne pas plier quand on frappe d'estoc (la seule attaque efficace contre une armure de plate, si on trouve une faille), elle est très tranchante pour autoriser des attaques de taille et de tranchant (glissé) contre un  adversaire moins protégé et elle comporte en général un ricasso important non aiguisé permettant de la saisir par la lame.

Toute une escrime se développe à la fin du XIVe siècle pour cette arme en Italie et en Allemagne et elle se répandra de là dans toute l’Europe, dont en France et en Angleterre. Un des plus célèbres manuels d’escrime médiévale est sans contexte celui de Hans Talhoffer, datant de la fin du XVe siècle.



L’épée de cavalerie.
Portée à la ceinture, c’est l’arme du chevalier. Elle s’utilise à une main et à cheval. Elle frappe principalement de taille, mais elle a évolué au fil du temps, toujours en fonction des armures qu’on lui oppose. Au XVe siècle, sa lame est moins large et plus longue que celle utilisée peu ou prou depuis Charlemagne. Les lames sont souvent de section losangique, sans gouttière, ce qui permet d’accroître leur rigidité. Au combat, on passe souvent l’index de la main par-dessus le quillon afin d’assurer une meilleure prise. Très vite, cette habitude donnera naissance aux premiers anneaux de doigts, qui deviendront dès le début XVIe les premiers « pas-d’âne », prémices des gardes de rapières.



Les épées courtes.
Tous les porteurs d’armes d’hast, hallebardier, vougiers ou piquiers, portent également une épée. Il en existe de différents types, certains très localisés géographiquement, comme l’épée suisse, d’autres très répandus.
Voici un exemple très répandu dans toute l’Europe, et porté également par les « civils », en tant qu’armes de défense. Elle porte de nombreux noms, dont la Langue de bœuf et le Braquemard (du vraisemblablement à la façon dont elle était portée en civil, accrochée en biais à la ceinture sur le devant du ventre...)


Les Italiens en ont une version dont la monture est un peu différente (plate semelle) et la lame ornée de nombreuses gouttières pour l’alléger, mais dont la forme de lame est semblable. À cause de la largeur de la lame à la garde, on l’appelle Cinquedea.



Une arme d’hast : le fauchard.
Le soldat à pied porte depuis des siècles des armes plus ou moins issues d’outils agricoles. Jusqu’au milieu du XIVe siècle, il y a très peu de piétons dans les armées médiévales en dehors de troupes très spécialisées, en général archers et arbalétriers. Vers le milieu du XVe siècle se développe une nouvelle tendance au recrutement de plus d’infanterie. En partie issue de considérations économiques, cette tendance est aussi due au fait que les commandants d’armée se rendent compte de la valeur de telles troupes, à la condition qu’elles soient organisées et disciplinées. La valeur de ces unités réside dans leur capacité à manœuvrer de manière cohérente et à soutenir un assaut. Leur force est dans la masse. Une fois débandées, elles deviennent inopérantes.
Louis XI comme Charles le Téméraire rencontreront des succès divers dans cette nouvelle aventure, mais la clé du succès est de pouvoir garder les soldats en campagne pendant assez longtemps pour obtenir cette cohésion. Seules les troupes suisses à cette époque possèdent l’entraînement nécessaire, car les hommes sont regroupés par village et par canton, et ont la possibilité de s’entraîner ensemble.
Le passage des armes d’hast disparates à la pique accompagnera ce changement de tactique (une pique est totalement inutile comme arme pour un combattant isolé, elle n’a d’intérêt qu’en masse compacte.)

L’arme que je vous présente est typique de la période du changement de tactique en France. Elle est utilisée sous des formes assez proches depuis plusieurs siècles, mais évolue au XVe vers une forme qui lui donne des caractéristiques tactiques assez proches de celles de la hallebarde.
Le fauchard dérive de la faux et de la serpe d’élagage. La longue lame est tranchante et frappe de taille. Sa pointe permet d’estoquer piétons, chevaux et cavaliers. Le croc arrière peut servir à tirer un cavalier à terre ou crocheter un gorgerin, et sa partie haute permet de bloquer une hampe ennemie.


(ne tenez pas compte de la Pappenheim, les deux photos sont sur le même document...)

La protection du piéton.
Comme on ne va pas au combat sans biscuit, le soldat du XVe siècle porte, en plus d’une protection de corps (demi-cuirasse, brigandine ou gambison), un casque et des gantelets de fer.
Ceux que je vous présente sont typiques de la fin XVe en Europe occidentale (France, Suisse, Allemagne)
Le chapel de fer a un large rebord pour protéger des coups venus d’en haut, et celui-ci a une calotte formant crête dans le but de dévier et d’atténuer les coups d’armes de choc.



Le petit bouclier, la targe, s'utilise en combat singulier, pour dévier les coups de l'adversaire ou lui coller un "bourre-pif"...
Il est porté passé sur la fusée de l'épée.



Tous les éléments sont une synthèse tirée de "The medieval soldier, 15th century campaign life in colour photogrpah", de Gerry Embleton et John Howe. Edition Windrow & green publishing, 1994.
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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

Message par Zouaverifle le Lun 19 Jan - 6:09

Superbe exposé !
Merci Freebird !

ZR


Tout a été déjà dit. Mais comme personne n'écoute, il faut sans cesse recommencer.
Qui peut dire comme il brule, est dans un petit feu !
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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

Message par Winchester 1866 le Lun 19 Jan - 9:06

Merci Freebird pour cette superbe présentation

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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

Message par cromagnon 07 le Lun 19 Jan - 12:39

hello
sympas cet exposé . le fauchard etait une arme redoutablement polyvalente dans de bonnes mains et extremement bien imaginée . je pense que ce sera une de mes prochaines reproduction . j'ai une vieille faux a transformer ,reste a voir si notre forgeron voudra en moudre un peu .sais tu combien mesure la hampe d'un fauchard ???
amicalement
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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

Message par freebird le Lun 19 Jan - 13:07

Merci de vos retours.

Pour Cro.
Le fauchard complet mesure environ 2.50 m.
La lame du mien doit faire environ 60 cm...

Une faux n'est pas idéale pour reproduire cette arme. En fait, une faux n'est vraiment bonne qu'à reproduire les armes d'hast de l'armée des chouans... en la fixant verticale.

Un croissant d'élagage, en lui forgeant une pointe, permet déjà de s'approcher d'une arme correcte pour les XIe au XIVe siècle.
Un mien ami avait fait son fauchard à partir d'une lame de coupe foin non dentelée telle qu'on en trouve dans l'ouest de la France...
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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

Message par cromagnon 07 le Lun 19 Jan - 15:06

hello
merci pour ces infos précieuses .je pense savoir ou trouver une lame de coupe foin .
amicalement
cro


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Re: l'armement du piéton au XVe siècle

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